Bibliothèque virtuelle
duMont Saint-Michel

Expositions temporaires

Le Scriptorial d’Avranches expose dans la salle des manuscrits (appelée aussi salle du Trésor) des volumes précieux issus de la Bibliothèque patrimoniale d’Avranches. Vous accédez ici à l’exposition virtuelle des ouvrages montois que vous pourrez retrouver au musée. À partir de ces courtes descriptions, vous pouvez également consulter la notice catalographique réalisée dans le cadre de la Bibliothèque virtuelle du Mont Saint-Michel.

Exposition de printemps avril à juin 2026 : Le temps de Dieu

Durant le Moyen Âge, réfléchir à la question du temps, c’est avant tout se plonger dans les Écritures. Il y a alors une perception typiquement chrétienne de cette notion, dans laquelle Dieu est omniprésent de la Création à la fin des temps.

C’est aussi un temps vécu, tourné sur les prières quotidiennes, censées rapprocher le fidèle du temps du Christ. Le calendrier liturgique encadre la vie des croyants avec des cérémonies régulières.


Bède Le Vénérable, Le tabernacle

XIIIe siècle

Le tabernacle est un ouvrage d’exégèse. Adressé aux jeunes moines, il porte donc une analyse sur le sens et le contenu de la Bible. Ce texte s’intéresse tant à l’histoire, qu’à la grammaire ou au lexique, sans oublier une approche allégorique. Par bien des aspects, il produit essentiellement une compilation précise de travaux, tout en apportant sa propre analyse.

Par exemple, Bède Le Vénérable développe à son tour une théorie des âges du monde. Il estime que le Christ serait né 3 952 ans après la Création, alors que les analyses de son époque voient plutôt un nombre d'années d'environ 5 000 ans. Cette théorie lui vaudra une accusation en hérésie. Il propose aussi une philosophie du temps. Ainsi, ce penseur versé dans les traductions latines et grecques s’interroge sur la stabilité du temps que nous percevons, sur le cours qu’il suit inévitablement et la fin du temps écoulé.

Bède Le Vénérable (v. 675-735) est un théologien anglo-saxon qui a également produit des travaux historiques de qualité. Dès l’âge de sept ans, il est envoyé au monastère de Wearmouth. On sait qu'il devient diacre très jeune et est ordonné prêtre à trente ans. Par ailleurs, ce moine a beaucoup voyagé en Angleterre et livre de nombreuses lettres.

Ancien Testament

Production normande, vers 1220-1230

De manière surprenante, cette Bible est agencée en désordre. Cela peut résulter de mélanges lors de la reliure ou du fait que le texte nous est connu par des témoins qui peuvent proposer des variations. Ainsi, l’ordre des livres n’est pas identique dans la Bible hébraïque, la Bible grecque, la Septante ou le canon chrétien.

De plus, de la Genèse à l’Apocalypse, on constate une grande liberté interne prise avec le temps et son usage. Ainsi, rédigé à différentes époques, le texte biblique repose sur une temporalité qui lui est propre, sans fondement scientifique. Souvent difficile à suivre, cette problématique a fait l’objet de nombreuses analyses au fil des siècles.

Pour cette Bible, les différents livres sont accompagnés de préfaces, dont celle de Jérôme qui débute ici. Ce volume offre une mise en page sur deux colonnes et un décor classique pour le XIIIe siècle. L’ensemble est sobre, avec des initiales et un titrage de couleur rouge et bleue.

Pierre le Chantre, Glose sur Job

fin du XIIe siècle

La colonne principale propose une copie de Job, l’un des livres de l'Ancien Testament. En marge ou entre les lignes, on rencontre une glose qui vise à commenter le texte biblique. Il s’agit d’une copie du travail de Pierre le Chantre (†1197) qui a été chanoine à Paris et professeur à l’école cathédrale. Entre 1180 et 1184, il est même nommé chantre, avant d’être envisagé comme évêque.

Les commentaires habituels autour du livre de Job tournent autour d’une question : « l'infortune résulte-t-elle toujours d'une punition divine ? ». Toutefois, il existe aussi des débats intenses au sujet de la souffrance du personnage confronté au silence de Dieu, allant jusqu’à s’interroger sur la possibilité du suicide. Face au vide qui l’envahit, le temps du récit s’étire. Ce n’est qu’avec l’apparition de Dieu que la vie de Job peut prendre un nouveau tournant. D’une certaine manière, ce poème didactique illustre le temps de la mise à l’épreuve du croyant.

Glose sur le Lévitique

XIIIe siècle

Cette glose sur le Lévitique suit la même logique que le manuscrit précédant, mais avec un décor plus riche. Une initiale puzzle bleue et rouge V (« Vocavit ») ouvre le texte. Chaque commentaire est ensuite introduit à l'aide de pieds-de-mouche (aussi appelés paragraphus), qui inspiré initialement au signe C (abréviation du mot latin capitulum, dans le sens de « chapitre »).

Le Lévitique est le troisième des cinq livres de la Torah (Pentateuque). Il a été rédigé par plusieurs prêtres à des époques différentes. Entre la sortie d’Égypte du livre de l’Exode et la traversée du désert (Livre des Nombres), ce livre hébraïque apparait souvent comme un temps de respiration immobile. Il forme une sorte de pause dépourvue de dialogue. L'une des seules actions est la carbonisation accidentelle de deux fils de grand-prêtre en raison d'une erreur d'allumage.

Prologue sur Matthieu

Paris, vers 1250

Le texte s’ouvre sur une lettre ornée champie M (« Matheus »), avec des entrelacs végétaux et deux êtres hybrides. Il s’agit du début de l’Évangile de Matthieu qui se consacre aux origines, à la naissance et à la jeunesse de Jésus. De manière générale, il traite les faits de manière rapide et privilégie les discours aux récits.

Par exemple, ce premier livre du Nouveau Testament développe longuement la réponse que donne Jésus à ses disciples qui lui demandent : « Dis-nous quand cela se produira et quel signe annoncera ta venue et la fin du monde ? » (24:3). Comme en témoigne la présence de nombreux commentaires, appelés gloses, le thème des signes des temps a fait l’objet de nombreux débats.

Prologue sur l’Évangile de Jean

XIIIe siècle

Cette page contient deux prologues de l’Évangile de Jean. La colonne principale (en grande police d’écriture) renferme le prologue de Jérôme, père de l’Église du Ve siècle. La colonne de droite (en plus petite police) contient, quant à elle un prologue plus tardif, attribué au célèbre commentateur de la Bible du début du XIIe siècle, Anselme de Laon.

Malgré une forme assez décousue, on considère désormais que l’Apocalypse est l’œuvre d’un auteur unique de culture juive, qui faisait partie des fidèles de Jésus. Il s’agit d’une œuvre poétique fortement marquée d’oralité.

Dans son texte sur la fin des temps, Jean évoque l’émergence d’un royaume de prospérité et l’apparition d’une cité sacrée : la Jérusalem Céleste. L’Apocalypse qu’il décrit est donc – avant tout – un message d’espérance qui nourrit les imaginaires durant le Moyen Âge.

Richard de Saint-Victor, Un traité sur la méditation des fléaux qui surviendront à la fin du monde

probablement du Mont Saint-Michel, fin du XIIe siècle

Cichard de Saint-Victor (v. 1110-1173) est un chanoine écossais qui a été prieur d’une abbaye parisienne. Il développe une approche contemplative à travers trente-trois œuvres sur de nombreux sujets.

Dans ce traité, Saint Victor décrit une fin des temps dramatique, où nul ne peut se sentir en sécurité et où la famine règne. En s’appuyant sur les Évangiles, il donne donc à voir dans le détail un monde de peurs. De manière assez classique, le théologien invite les Hommes à travailler en attendant ce moment.

Toutefois, il souligne également que l’Apocalypse demeure un sujet peu traité dans la Bible et qu’il est contraint de rassembler des éléments épars pour conduire son analyse.

Calendrier

Mont Saint-Michel, début du XIIIe siècle

Dans ce calendrier complet, chaque mois s'ouvre par les initiales KL (« Kalendæ »), de couleur rouge et bleu. Cela renvoie aux calendes, c’est-à-dire les premiers jours du mois. Dans la partie supérieure, on trouve des vers astrologiques précisant les jours néfastes qui ont la réputation de provoquer des maladies.

Par la suite, ligne après ligne, les fêtes ordinaires sont écrites en noir, alors qu'on préfère le rouge et le bleu pour les fêtes particulières. Signe d’un usage prolongé, certains éléments liturgiques ont été ajoutés ultérieurement comme la fête de Louis, roi de France, le 31 août.

Ainsi, l'année médiévale est marquée de manière concrète par les nombreuses fêtes religieuses, entourées de cérémonies. Pour des moines, comme ceux du Mont, cette périodicité du temps permet de s’associer à un monde sacré. Dans un cadre monastique, on suit un rythme particulier. Les fêtes mobiles comme Pâques ou la Pentecôte sont déterminées en fonction des phases de la lune. Un calendrier aussi complexe a souvent suscité des réactions, mais aucun des projets de réforme n’a abouti.

Heures à l'usage de Coutances

Production normande, XVe siècle

Durant l’époque médiévale, le temps des religieux comme des laïcs est rythmé au quotidien par la religion. C’est ce dont témoignent les livres d’heures qui sont des ouvrages destinés aux fidèles pour suivre les prières à réaliser tous les jours. L’objectif est donc, pour les croyants, de vivre le temps selon l’intention que Dieu aurait souhaité.

Ce manuscrit est richement décoré parce qu’on considère alors que la foi exprimée au jour le jour doit passer par une médiation esthétique qui invite au recueil. D’ailleurs, le noircissement des pages qui sont usées et tachées montre que le livre a beaucoup servi.

Comme on peut le voir sur la page de gauche, ces ouvrages contiennent souvent un calendrier simplifié, auxquels on ajoute des psaumes, des extraits des Évangiles, ainsi que des offices particuliers. Débutée par une enluminure au décor végétal de fins rinceaux noirs et de fleurs roses, bleues et vertes, la page de droite présente un psaume pénitentiel. Celui-ci fait référence au roi David et sert à demander le pardon pour des péchés et exprimer son regret.

Jean Bernier de Fayt, Florilège sur l’Ancien Testament

XIVe siècle

Ce recueil renferme environ 170 homélies et discours liturgiques de Jean Bernier de Fayt. Né probablement à Valenciennes vers 1320 et décédé en 1395, il est connu pour avoir été longtemps abbé de Saint-Bavon de Gand. C’est également un proche des papes d’Avignon, pour lesquels il a régulièrement prêché lors des offices avec un réel talent d’orateur.

Proche du sermon qui se concentre sur un thème, l’homélie est un temps fort de la messe. Inspiré de la pratique d’Origène, l’objectif est d’expliquer les Écritures, en dégageant le sens spirituel, tout en en tirant des orientations concrètes et en actualisant le texte si besoin. Ainsi, les homélies se déploient tout au long de l’année liturgique, afin d’expliquer la foi à partir de la Bible.

Au Mont comme ailleurs, on s’intéresse à ce genre de recueils puisque cela permet d’inspirer les prédicateurs ou de nourrir la réflexion des moines au quotidien.

Grégoire Ier, Homélies sur l’Évangile

Mont Saint-Michel, vers 1060-1070

Alors qu’il vient d’être élu pape en 590, Grégoire Ier est confronté à des temps difficiles. En plus des inondations, des épisodes de pestes et de la famine, l’Italie subit les assauts répétés des Lombards. C’est dans ce contexte tendu qu’il multiplie les prêches sur l'Évangile adressés aux fidèles de Rome. On sait qu'il se serait appuyé sur ces discours tout au long de l’année liturgique, afin de galvaniser les croyants.

En partie dictées à ses secrétaires ou prononcées par ses soins, les homélies ont été choisies et mises en ordre par le pape lui-même une vingtaine d’années plus tard. Il s’agit du premier recueil de ce type connu, réunissant un total de quarante textes.

Inachevée, l’enluminure pleine page montre saint Grégoire (v. 540-604) nimbé écrivant sous l’inspiration de l’Esprit Saint (figuré par une colombe qui lui susurre à l’oreille). Enfin, l’initiale ornée D (« Dominus ») aux riches entrelacs et aux rinceaux témoigne de l’influence de l’école anglaise de Winchester.

Baudri de Bourgueil, Le bouclier et l'épée de Saint Michel

Mont Saint-Michel, vers 1400

Parmi les reliques anciennement conservées au Mont, un bouclier et un glaive ne cessent de questionner. Censées avoir appartenues à l’archange Michel dans sa lutte contre un terrible dragon, ces armes font la taille de jouets d’enfant. Ces informations a priori incompatibles invitent à la production de récits sur leur origine.

Pour asseoir la légende et renforcer le culte, les auteurs affirment que ces armes dateraient d'une époque incertaine (lors du règne d’Elga dont on ne trouve aucune trace par ailleurs) et proviendraient d’une région située « outre-Angleterre » (généralement identifiée comme l’Irlande). Ces objets ont été particulièrement vénérés par les fidèles au cours des siècles, ce qui explique que – même tardivement – on continue de copier le récit de Baudri de Bourgueil. Archevêque de Dol du xiie siècle, il serait le premier à les mentionner.

Par cet écrit, ce chroniqueur proche de la Normandie prétend mettre en forme une tradition orale et écrite plus ancienne, dont il se dit n’être qu’un simple « auditeur fidèle ». Par ces précautions et à travers un texte bien structuré, son objectif est de convaincre de leur authenticité en tranchant dans les différentes versions existantes.