e Scriptorial
d’Avranches expose dans la salle des manuscrits (appelée aussi salle du Trésor) des volumes précieux issus de la Bibliothèque
patrimoniale d’Avranches. Vous accédez ici à l’exposition virtuelle des ouvrages montois que vous pourrez retrouver au musée. À partir de ces courtes descriptions, vous pouvez également consulter la notice catalographique réalisée
dans le cadre de la Bibliothèque virtuelle du Mont Saint-Michel.
Exposition d'hiver février à mars 2026 : Manuscrits du Mont : une diversité inattendue
orsqu’on pense aux manuscrits du Mont Saint-Michel, le qualificatif de diversité n’est pas le plus attendu. Pourtant, à côté des livres dédiés à la Bible, à ses commentaires et à la liturgie, un tiers des ouvrages sont plus surprenants.
Sur environ 1200 manuscrits de la bibliothèque des moines (répartis en 200 volumes), plus de 300 concernent le droit, l’histoire, les sciences, voire la littérature au sens large. Ainsi, poèmes, traités de médecine ou chroniques y trouvent une place qu’il ne faut pas négliger.
Naissance de Jésus à Bethléem
sud-est de l'Angleterre, VIIIe siècle
e fragment est issu d’un riche évangéliaire qui a été démembré. Ce genre de livre réunit des passages de la Bible destinés à être lus ou chantés durant la messe. Ici, il s’agit de l’Évangile de Luc qui évoque la naissance de Jésus, sous le règne du roi Hérode le Grand. Ce manuscrit est rédigé avec une écriture onciale. Belle et lisible, celle-ci ne propose que des capitales arrondies et est donc particulièrement gourmande en place. Sur certaines pages, des initiales sont mises en valeur par un contour en pointillés rouges, ce qui suggère une production de la région de Cantorbéry.
Ce manuscrit a été anciennement acquis par les moines du Mont, mais était sans doute hors d’usage au XIIe siècle. C’est à cette époque que l’évangéliaire a été réemployé comme feuille de garde (au début ou à la fin d’un volume). Ainsi, des fragments ont servi comme simples morceaux de parchemins dans la reliure d’autres manuscrits copiés à l’abbaye. On a désormais du mal à se représenter à quoi pouvait ressembler l’ouvrage du VIIIe siècle, mais c’est aussi ce qui a permis de le conserver dans le temps.
Jean de Reims, Commentaire sur les Psaumes
Mont Saint-Michel, fin du XIIe siècle
lève des écoles de la ville dont il prend le nom, Jean de Reims (†1125) est prieur du monastère de Saint-Évroult en Normandie. Copié à longues lignes, son Commentarius in Psalmos est volumineux puisqu’il contient un total d’environ 12 000 lignes.
Comme de nombreux commentaires bibliques, celui-ci est avant tout un outil de travail. C’est ce dont témoigne la sobriété du décor, qui montre néanmoins une certaine hiérarchie. L’initiale puzzle qui ouvre le texte se structure en deux parties imbriquées, de couleurs rouge et bleue. En bas, l’initiale M est plus secondaire puisqu’elle n’est composée que d’un aplat de couleur rouge.
Pour l’une ou l’autre de ces initiales on ajoute des filigranes de couleurs, c’est-à-dire des traits fins et entrelacés, formant des motifs complexes et délicats. Enfin, en marge de tête, l’incipit rubriqué, il est donc écrit à l’encre rouge. L’ensemble de ces éléments forme un décor relativement classique pour un manuscrit copié à la fin du XIIe siècle.
Glose sur l’Exode
XIIIe siècle
ssu de l’Ancien Testament, le livre de l’Exode évoque le départ d’Égypte des Hébreux qui se seraient émancipés de leur condition d’esclaves. Sous la conduite de Moïse et Aaron, ils reviennent dans le pays de Canaan après avoir traversé le désert.
Le texte biblique figure sur la colonne principale. Il s’ouvre sur une initiale puzzle rouge et bleue : les deux parties s’emboitent l’une dans l’autre. Des commentaires sont insérés entre les lignes du livre biblique. Ils visent à éclairer le vocabulaire de ce texte que les historiens datent du VIIe siècle av. J.-C., et qui n’était plus forcément bien compris lors de sa copie au XIIIe siècle.
Enfin, les colonnes extérieures proposent une glose. À cette époque, il s'agit de commentaires hérités des Pères de l’Église. L'objectif est donc d’interpréter le texte biblique en tentant d’en dégager le sens. Chaque nouvelle idée est annoncée à l’aide d’un pied-de-mouche ou paragraphus.
Son origine est débattue. On met souvent en avant qu’il s’agirait d’une lettre C, pour capitulum (dans le sens de « chapitre »).
Livres des rois (avec glose ordinaire)
Mont Saint Michel, vers 1230
es deux livres des Rois se situent après la mort de David (-970) et évoquent l’histoire des monarques de Juda et d’Israël jusqu’à la ruine de Jérusalem (-586). La présentation des souverains suit un schéma attendu : ils sont décrits sous un aspect religieux et un jugement est porté sur leurs actions. La glose ordinaire a été largement établie à Paris, dans l’entourage de l’école du maître Anselme de Laon (vers 1055-✝1117). S’il s’agit d’un commentaire « autorisé », il n’a rien d’homogène. Ainsi, chaque livre biblique possède sa propre glose, avec une histoire différente : l’époque et le contexte de rédaction du commentaire et son évolution dans le temps sont variables.
Cet ouvrage est un chef-d'œuvre de l’enluminure gothique produit au Mont Saint-Michel, sous l’abbé Raoul de Villedieu (v. 1223/5-1236). Entièrement entourée de vert, l’initiale F (« Fuit ») possède un fond d’or et des motifs géométriques qui remplissent l’intérieur de cette lettre ornées de dragons.
Ambroise de Milan, Lettres (7-17)
XIIe siècle
mbroise, l’évêque de Milan (339-397) a produit une œuvre très riche, qu’il s’agisse d’analyse de la Bible, de doctrine ou de poésie. Bien souvent, on en oublie sa correspondance qui apporte pourtant des éclaircissements, des compléments, voire des changements d’avis intéressants.
Dans cette compilation épistolaire, six lettres successives sont adressées au même destinataire, Irenaeus. Ambroise s’adresse ici à un laïc, au sujet de questions philosophiques et d’interprétation de la Bible. Si ce Père de l’Église change de thème d’une lettre à l’autre, ceux de l’âme en recherche de perfection et de la rencontre avec Dieu dominent l’échange.
Sermon sur la résurrection du seigneur
Mont Saint-Michel, seconde moitié du XIe siècle
Un quart des manuscrits du Mont Saint-Michel ont une utilité lors du culte. Ainsi, ils peuvent servir aux différents rites, aux cérémonies et aux prières quotidiennes. Ce volume comprend de nombreux sermons. Ces discours forment une véritable communication de masse durant le Moyen Âge. L’Église s'appuie sur ces discours durant la messe ou lors des prêches dans les rues pour transmettre son message. Il s’agit avant tout d’un art oratoire, reposant sur de nombreux manuscrits qui s’échangent à travers toute l’Europe et servent de modèles.
Plusieurs de ces écrits portent sur la résurrection du Christ. L’un d’entre eux exposé ici, est l’œuvre d’un disciple de Fauste de Riez. Ce moine du Ve siècle, devenu abbé puis évêque, a laissé derrière lui plusieurs sermons qui nous en apprennent beaucoup sur les mentalités de son temps. Ils insistent, par exemple, sur l’idée que la mort n’est pas une simple disparition, mais un passage.
Sanctoral
Mont Saint-Michel, deuxième moitié du XVe siècle
e livre liturgique a été réalisé à l’usage de l’abbaye montoise et recense des textes pour les dates mobiles. Réunissant toutes les oraisons nécessaires au célébrant durant l’année liturgique, il s’agit de ce que l'on appelle un collectaire (avec les fêtes fixes et mobiles).
On y trouve donc un sanctoral, aussi appelé le propre des saints, qui comprend les éléments concernant les offices et les messes des fêtes à dates fixes. En général, il commence par le premier dimanche de l'Avent et se termine par la fête de saint Saturnin, soit le 29 novembre. Le calendrier qu’il contient en plus présente une certaine abondance quant aux cérémonies à réaliser, ce qui est attendu à cette époque.
Comme de nombreux manuscrits du XVe siècle, il présente ici une grande initiale bleue et rouge, réhaussée d’or. L’ensemble est agrémenté de traits fins, appelés filigranes, qui se prolongent dans les marges.
Raban Maur, De computo
Mont Saint-Michel, XIIe siècle
e traité De computo porte sur le calendrier. Son objectif est de faire œuvre de pédagogie pour diffuser les connaissances. Il se structure autour d’un jeu de questions-réponses. Sur cette double page, le tableau présente la lecture d’un calendrier. La première colonne contient des chiffres romains compris entre 1 et 19 (I à XIX), qui correspondent aux nombres d’or astronomiques. Celui-ci renvoie au cycle lunaire qui compte effectivement dix-neuf années. La mention qui suit renvoie aux trois périodes de chaque mois, marquées par des fêtes :
Grâce à ses sources d’inspiration, on peut déterminer que cet ouvrage est antérieur à l’année 820. Il a donc certainement été rédigé avant que Raban Maur ne soit élu abbé de l’abbaye de Fulda. Toutefois, on sait qu’il est prêtre depuis 814 et qu’il est déjà passé par différents établissements. Par ailleurs, ce fils de famille noble a reçu l’enseignement d’Alcuin, l’un des proches de Charlemagne dont l’influence a été marquante en matière d’enseignement.
Décrétales de Grégoire IX (glose de Bernard de Parme)
Probablement Padoue, vers 1260-1280
ans la bibliothèque du Mont Saint-Michel, 12 % des manuscrits touchent au droit. Il s’agit ici des décrétales promulguées en 1234, qui sont une compilation de lettres des papes qui ont tranché des litiges. Ces décisions judiciaires possèdent une valeur obligatoire et universelle, annulant toute décision contraire.
Ajoutée dans les marges, en écriture de plus petite taille, la glose est un ensemble de commentaires autorisés. Ceux-ci ont été réalisés par Bernard de Parme. Aumônier des papes Innocent IV et Alexandre IV, son analyse juridique lui vaut une grande réputation. Il achève le document juste avant son décès en 1266.
La miniature montre symboliquement ce qui pourrait être Bernard de Parme, entouré de clercs, en train de remettre son ouvrage au pape Grégoire IX († 1241). Pape à partir de 1227, il a d’abord été évêque d'Ostie (Italie). Son pontificat a été marqué par des conflits avec différents royaumes, la mise en place de règles pour l’Église et l'instauration de l’Inquisition.
Pallade de Galatie, Histoire lausiaque
Mont Saint-Michel, vers 1065-1080
es manuscrits historiques ne concernent que 8 % de l’ensemble montois. Pourtant, ils retiennent l’attention en raison de leur originalité et des décors qu’ils arborent souvent. Il s’agit ici d’une copie de l’Histoire lausiaque, rédigée initialement en 420. Il présente les premières vies communautaires de chrétiens en Égypte.
Tourné vers l’anecdote, le récit révèle des groupes monastiques pénétrés de surnaturel à un degré qui peut surprendre de nos jours. Ce manuscrit est une œuvre de Pallade d’Hélénopolis, né vers 363 en Galatie et décédé vers 431. Il a été évêque en Asie Mineure, après être allé lui-même le long du Nil pour rencontrer les religieux sur lesquels il écrira par la suite.
Sur cette double page, le décor propose un encadrement s’inspirant du style anglo-saxon dit « de Winchester ». Le dessin basé sur des rosaces et des feuilles d’acanthe est simplement tracé à la plume. Typique des productions montoises de cette époque, l’initiale ornée I (« In hoc libro ») propose des entrelacs réguliers et une tête animale crachant des volutes végétales.
Constantin l’Africain, Viatique
XIIIe siècle
armi les thèmes mineurs dans les manuscrits montois (7 %), ceux qui abordent des sciences au sens large sont à considérer. Nombre d’entre eux abordent la science médicale, et les œuvres de Constantin l’Africain (1020-†1087) en particulier. Né à Carthage en Afrique du Nord, il est devenu moine au monastère du Mont-Cassin (Italie).
Il a réalisé de nombreuses traductions qui ont servi de véritables manuels d'enseignement de la médecine jusqu’au XVIIe siècle. Toutefois, on sait désormais que cet ouvrage a d’abord été réalisé par Ibn al-Ǧazzār, un médecin de Kairouan (Tunisie) du Xe siècle. En réalité, par bien des aspects, Constantin se contente de plagier en condensant et en simplifiant son texte, ce qui enlève beaucoup de l’approche pédagogique initiale. Il entretient volontairement une certaine ambiguïté entre traduction et composition nouvelle, mais il ne fait plus aucun doute sur le fait que sa version latine est calquée sur celle en arabe.
Le chant du roussigneul
Mont-Dol (Bretagne), 1424
e manuscrit copié en 1424 par Nicolas de L’Aunay, le prieur du Mont-Dol, représente un ensemble de manuscrits qui occupent une place anecdotique : la littérature. Ainsi, seuls 2 % de l’ensemble de la bibliothèque montoise conservé jusqu’à nos jours contiennent des épitaphes, des éloges, des correspondances ou des pièces de théâtre, voire des poésies comme c’est le cas ici.
Le chant du roussigneul est composé de 115 quatrains d’alexandrins en monorimes. Rédigé en langue française, ce poème porte principalement sur la Passion de Jésus (l'ensemble des événements qui ont précédé et accompagné la mort), entrecoupé de méditations. Le texte s’ouvre sur une initiale filigranée rouge et bleue. Au début de chacun des 460 vers, les initiales sont sobrement réhaussées de jaune.